Chez Martial Raysse, le dessin n’est jamais secondaire. Il constitue un mode de communication, une écriture poétique qui touche l’intime et l’inconscient. Libéré de toute fonction préparatoire, il devient un espace autonome de méditation plastique. Raysse y développe une économie de moyens remarquable, où la précision du trait dialogue avec une dimension intérieure presque contemplative.

A partir de 1973, il se retire de la scène artistique, et s’installe à la campagne pour réapprendre à regarder. Il développe une pratique quotidienne du dessin d’après nature, observant paysages, figures et objets familiers. Cette période marque un basculement décisif vers une recherche plus intérieure et vers une réappropriation des techniques anciennes.

Le dessin devient alors le lieu d’une reconstruction artistique. Martial Raysse étudie les maîtres anciens, de la Renaissance italienne aux traditions classiques européennes, convaincu que la peinture ne peut exister sans une architecture préalable du trait. Pour lui, la couleur ne prend sens que si elle repose sur le dessin.Cette position est rare dans le contexte artistique actuel, dominé par les pratiques conceptuelles et la dématérialisation de l'œuvre.

MARTIAL RAYSSE DIALOGUE AVEC LES MAITRES ANCIENS

Son travail s’inscrit dans un dialogue profond avec les maîtres anciens, notamment Piero della Francesca et Giuseppe Maria Crespi, dont il admire la rigueur de construction, la clarté des compositions et la puissance silencieuse des figures. Cette référence à la tradition classique européenne ne relève pas de la citation, mais d’une réactivation des problématiques essentielles : la présence du corps, la lumière, la mesure et l’harmonie.

Ainsi, le travail de Martial Raysse propose moins un retour à la tradition qu’une continuité vivante avec elle. En réintroduisant les problématiques classiques au coeur de la création contemporaine, il rappelle que l’histoire de l’art n’est pas une succession de ruptures, mais un dialogue ininterrompu entre les époques. Son oeuvre témoigne de la possibilité, rare et exigeante, d’habiter pleinement le présent tout en conversant avec les siècles passés.

« Le trait c’est quelque chose qui charcute les chairs, c’est quelque chose de très violent, cruel, précis, un acte décidé, très profond ». M.R

MARTIAL RAYSSE - MYTHOLOGIE

L’oeuvre de Martial Raysse s’articule autour d’une même ambition: se réapproprier l’histoire et la mythologie en les intégrant dans nos repères contemporains. La mythologie, le carnaval, ou le déluge de l’ancien testament constituent son vocabulaire. Les figures antiques, les archétypes du corps et les scènes intemporelles deviennent des matrices visuelles permettant de nous confronter aux sources de nos charges émotionnelles : joie, peur, violence et amour.

Les figures préalablement dessinées sont disposées dans ses grandes compositions selon la narration et un rapport d’équilibre bien précis. Chaque corps participe à la composition. Ce «panthéon » de personnages réalisés en dessin que nous présentons semble directement sortir de son monde comme des images qui traversent le temps pour nous interroger avec ironie, humour et poésie.

Le pastel « Modello pour la peur » représente une foule oppressée de personnages burlesques. Le dessin « Lucien en Bacchus » réalisé pour l’oeuvre « la Naissance de Bacchus » , est le portrait d’un jeune homme dont la beauté plastique nous rappelle la Rome antique mais dont le prénom Lucien nous plonge dans une réalité populaire. Ainsi, chez Martial Raysse, la fresque, la mythologie et la poésie du dessin convergent vers une même recherche : celle d’une image poétique à la fois construite, sensible, intemporelle et narrative.

5 rue JacquesCallot-Paris VI

Exposition du 28 mai au 20 juin 2026

Vernissage : jeudi 28 mai à partir de 18h

Mail : galerieab@gmail.com

Tél : 01 45 23 41 16